Tout le monde parle de la maladie de la vache folle (maintenant, bien sûr que les Allemands sont aussi placés en face du problème! N.D.T.) - mais avant tout, nous nous inquiétons encore une fois d'une manière biaisée: Que pouvons-nous encore manger à vrai dire? Notre santé est-elle menacée? Les médias dégoulinent de spéculations sur les voies de contamination de l'ESB chez l'homme et sans aucune hésitation, on décrète, on décide de la mort de centaine de milliers de créature paisibles, seulement parce qu'elles pourraient représenter un risque pour l'homme. Qu'en est-il de tout cela pour les animaux, c'est une question toujours secondaire.
C'est précisément cette attitude vis-à-vis de l'animal, qui consiste à toujours le considérer comme un objet domestique sous le strict point de vue de la gestion économique et qui mène justement à cette "transformation en immondices et en matière fécale de notre nourriture" (Frankfürter Allgemeine Zeitung), telle qu'elle nous est maintenant présentée quotidiennement avec une certaine complaisance dans le nauséabond. Ce n'est qu'un effet secondaire de cette folie, qui n'est jamais à court d'arguments, de cette gestion de l'élevage du bétail orientée sur les coût les plus bas, de cette idée qui est en train de se révéler lentement comme mettant finalement notre vie en danger, et qui consiste à vouloir écouler au moindre coût dans la chaîne alimentaire humaine les cadavres et autres déchets équivalents et produits toxiques.
Mais que dans notre époque éclairée, politiquement correcte, et sous les yeux de médias, hélas si critiques, il puisse se trouver principalement des millions de créatures torturées, mises au service de l'alimentation humaine, cela seul devrait nous donner l'occasion de réfléchir sérieusement au problème, ne serait-ce qu'un moment. Avec ces épouvantables reportages sur les cornes sanguinolentes dans un carton à chaussures, traînant dans une installation d'élevage, sur la castration sans anesthésie de taurillons, sur les chambres à gaz, dessinées à des porcs à peine capables de se déplacer ou bien de ces jeunes taureaux contraints de passer toute leur vie à l'obscurité, on n'a encore rien fait de concret.
La crise de l'ESB, qui mène, désormais en Allemagne aussi, aux écroulements brutaux des chiffres d'affaires du commerce de la viande, pourrait finalement créer le climat nécessaire pour supprimer l'ensemble du système industriel d'élevage en masse. Avant que la masse des consommateurs soit soulagée de nouveau et reprenne confiance en se repliant sur la viande de porc et de volaille (pas plus "sûre" d'ailleurs. N.D.T.), la question doit être volontairement posée: doit-on s'engager le plus loin possible en quête d'alternatives, plutôt que d'esquiver le problème en se tournant vers les Pampa-Steaks argentins, la viande Bio et les poulets "joyeux de vivre"? Avons-nous le droit, ou voulons-nous véritablement tuer les animaux, pour les manger?
Pour ce qui est de notre relation à l'animal, nous nous trouvons aujourd'hui dans une situation paradoxale: jamais autant d'animaux n'ont été exploités par les société industrielles occidentales, comme pourvoyeurs de viandes sans reconnaissance d'aucun droit. Au nom de la science et aux fins d'études, des centaines de milliers de rongeurs, chats et autres animaux domestiques, mais aussi des primates, sont chaque année volontairement infectés par des agents contagieux, découpés et soumis à d'autres procédures entraînant de graves souffrances. Un silence de plomb recouvre et étouffe cette cruauté, quotidiennement pratiquée en masse par les opulentes sociétés d'élevage et d'abattage du bétail et par les laboratoires, au détriment de la santé des animaux.
Contre cela, nous disposons effectivement de lois de protection animale relativement sévères, par exemple en Allemagne et en Suisse, il existe même de sérieux efforts pour inscrire la protection animal dans la loi fondamentale allemande; toujours est-il qu'une notion comme "l'élevage conforme à l'espèce" a entraîné un multiplicité de stricts décrets de prescription pour l'élevage des volailles, des porcs et des bovins; en recherche scientifique, les expérimentations animales sont, pour le moins, réfreinées par beaucoup de bureaucratie. Tout cela ne change rien au fait que la situation des animaux dans notre société est celle de parias.


